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jeudi, 02 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 1 -

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Carabinieri Comandi Di Stazione Venezia
30030 Venezia (VE)
40, Via Triestina

 

Paris, le 1er octobre 2008

 

Monsieur le chef des carabinieri,

 

Tout d’abord permettez-moi de préciser qu’à l’heure où je vous écris je suis pleinement sain d’esprit et que je n’ai absorbé aucune substance qui pourrait avoir altérer ma conscience, que mon entourage me considère comme ayant la tête sur les épaules et le sens des responsabilités. D’autre part, je suis pleinement conscient que cette lettre pourra me faire passer au mieux pour un touriste victime d’une insolation, au pire pour un dingue. Mais je ne peux plus garder cette histoire pour moi-même. Je n’ai jamais osé la raconter à mes proches ; ils ne m’auraient jamais cru et se seraient peut-être même inquiétés pour ma santé. Bref.
Alors voilà.

Nous étions en vacances en septembre à Venise. Le 8, alors que je déambulais sereinement dans les ruelles, je suis tombé sur un cul-de-sac, Rio de Ca Garzoni, un petit quai donnant sur un canal tranquille. Il faisait beau, il faisait chaud, le coin était calme. J’ai donc décidé de m’asseoir un moment pour écouter la terre tourner. J’étais là, seul, dans un silence total, perdu dans mes pensées, quand mon regard s’est porté vers la droite, par où un bruit de clapotis se faisait entendre. Une gondole arrivait paisiblement. Mais un détail m’a vite surpris : il n’y avait pas de gondolier debout à l’arrière. J’ai attendu qu’elle se rapproche, qu’elle arrive à ma hauteur ; je me suis levé pour regarder à l’intérieur, à l’avant, à l’arrière : personne, il n’y avait personne à bord ! Elle est passée tranquillement devant moi sans faire de bruit, et j’étais là, abasourdi. Je me suis pincé jusqu’au sang - j’en ai encore la marque sur le bras – mais je ne rêvais pas. Rien à faire. La gondole avançait, seule, majestueuse. Je l’ai suivie des yeux tant que j’ai pu, puis elle a disparu en arrivant dans le Grand canal. Je suis resté un moment debout les bras ballants, ne sachant quoi faire, quoi dire, quoi penser. Sur ce un couple de touristes est arrivé et j’ai quitté le coin, après avoir noté le nom de la ruelle sur un bout de papier.

Voilà. Je dois vous dire que cette histoire m’a laissé perplexe et que j’y pense chaque jour. C’est même devenu une obsession ces derniers temps ; c’est pourquoi je vous écris en désespoir de cause. Auriez-vous une explication rationnelle à ce que j’ai vu ? Avez-vous déjà entendu parler d’une telle histoire ?

 

Veuillez agréer, monsieur le chef des carabinieri, mes salutations distinguées.

 

Alphonse Cox


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