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vendredi, 31 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 8 -

 

 

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"Ah! Vous voilà patron. L'hôpital a appelé pour Moretti. C'est urgent. Le livre. Il doit plus le lire. Ses fils vont casser. Même si on est dans un rêve.
- Qu'est ce que tu racontes?
- Vous devez passer à l'hôpital en urgence. Moretti, il se marre en lisant votre livre*, celui que vous lui avez apporté, et ses fils de cicatrices, ils risquent de casser. C'est le chirurgien en personne que j'ai eu. Ca n'avait pas l'air de le faire rigoler lui. Ils ont essayé de lui prendre, mais impossible. Moretti menace de se jeter dans le canal.

- Bon, je vais y aller, appelle-moi une gondole express. Si l'hôpital rappelle entre-temps, dis leur que Moretti ne va pas se marrer tout le temps.
- Ah bon?
- La fin est beaucoup moins drôle.
- Trop fort patron.
- Hmm..."

 

* La Vie en sourdine, David Lodge.

samedi, 25 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 7 -

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« Patron ?

- Hmm...

- On n'a rien trouvé sur Alphonse Cox. Inconnu au bataillon.

- Hmm...

- Qu'est-ce qu'on fait ?

- Rien.

- Rien ? C’est pas votre genre ça patron.
-
Ecoute-moi Flavio.
- Oui.
- Il n'existe pas Alphonse. Il n'y a jamais eu d'Alphonse.

- …????...

- C’est un rêve, enfin un cauchemar. Nous sommes des personnages dans un rêve.
- Je comprends pas patron.
C’est une blague ?
- On n'existe pas Flavio... Pince-moi.

- Je ne peux pas patron.

- Aller andouille, pince-moi fort. C'est un ordre.

- Bon, si c'est un ordre.

- Plus fort ! Aller quoi, un peu de nerf, vas-y, plus fort.
Tourne.
- Je peux pas plus patron.

- Tu vois : rien senti ! C'est juste un rêve !

- Trop fort patron. Mais alors Moretti… pareil ?

- Pareil.

- Et Emilio ?

- Pareil.

- Vache. C'est dur à croire.

- Hmm...

- C'est pas la peine de rester au bureau alors, je peux aller glander?

- Hmm...

- Dingue. Quand je vais raconter ça à Claudia, elle va pas me croire. « Tu sais Claudia, on n’existe pas en fait, on est dans un rêve ! » « T'as encore trop bu », qu'elle va me dire. Je vois d'ici la scène.

- Ne lui lui rien.

- Pourquoi ?

- Le rêve peut se terminer d'un moment à l'autre. Et si ça se trouve elle n'existe pas dans la réalité.

- Vache. Trop fort patron.

- Hmm... »

lundi, 20 octobre 2008

La gondole d'Alphonse - 6 -

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« A votre avis patron?

- Hmm...
- C'est un dingue ?

- Hmm...

- Moretti est à l'hôpital. Il devrait s'en sortir.
- Hmm...

- Bon évidemment... il aura des séquelles... enfin on se comprend quoi.

- Hmm...

- On a trouvé des lettres. Bizarre cette histoire de gondole, non ?

- Hmm...

- Ca va commissaire ?

- Hmm...

- Je vous ramène au commissariat ?
- Hmmmm...

- Bon, moi j'y vais.

- Flavio ?

- Oui ?

- Vous avez appelé la fiancée d'Emilio ?

- Oui. J'en tremble encore.

- Hmm...

- Patron ?

- Hmm ?

- Non, rien. »


jeudi, 16 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 5 -

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"Bien le bonjour messieurs.

- Mais… qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ici ?
Stupéfait, Moretti.

- Alphonse. Alphonse Cox. Lequel de vous deux est Emilio ?

- C’est moi."

Cox plonge la main à l’intérieur de sa veste et en sort un pistolet équipé d’un silencieux. L’effet est impressionnant. On entend le clapotis de l’eau en bas dans le canal.

"Tiens, prends ça."
Tum ! Tum !

Deux balles dans la tête. C’est malin ; il allait se marier.

"Et ça c’est pour toi Moretti."
Tum ! Tum !

Deux balles dans les parties. Lui et sa femme font lit à part depuis un moment déjà, mais enfin, ça peut servir ces choses-là. Alphonse range son pistolet dans sa veste et se penche sur Moretti qui agonise.
"Alphonse n’aime pas qu’on se foute de sa gueule."

 

mercredi, 08 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 4 -

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« Emilio ?
- Hum ?

- Lis ça.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Le début de nos emmerdes,  il paraît.

(...)

- Ca craint. Qui c'est ce Cox ?

- Aucune idée.

- C'est peut-être un mytho...
- Je sais pas... j'ai un mauvais pressentiment.

lundi, 06 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 3 -

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Paris, le 6 octobre 2008

Monsieur Moretti,

J'ose espérer que vous n'étiez pas dans votre état normal lorsque vous avez gribouillé votre lettre, je veux dire votre torchon, en réponse à mon courrier du 1er octobre. Vous ne savez sans doute pas à qui vous avez affaire Monsieur Moretti. Il aurait été plus prudent de votre part de vous renseigner sur mon état civil avant de vous lancer sur les chemins tortueux et périlleux du sarcasme. Le ciel risque fort de s'assombrir au-dessus de votre petite  tête, ainsi que sur celle de votre collègue Emilio. Vous pouvez lui confier que son post-scriptum m'a fait beaucoup rire. Si si, je vous assure. En imaginant son avenir.

Je ne vous salue pas.

Alphonse Cox



vendredi, 03 octobre 2008

La gondole d'Alphonse - 2 -

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Venise, le 3 octobre 2008

Monsieur Cox,

 

Autant vous le dire tout de suite, votre lettre me laisse perplexe. C’est la première fois que j’entends parler d’une gondole fantôme. Et cela fait plus de 30 ans que je suis carabinieri à Venise. Monsieur Cox, n’auriez-vous pas le jour de votre « aventure » goûté à quelque vino rosso de notre belle Vénétie ? Un verre, deux verres, on discute, trois verres, et puis un autre, hein, c’est les vacances, on en profite. Alors forcément, avec la chaleur… bonjour les hallucinations.
D’autre part, cher Monsieur Cox, s’il vous arrive régulièrement de vous asseoir au bord de l’eau pour «écouter la Terre tourner », peut-être devriez-vous consulter un médecin. Parce que voyez-vous, moi, quand je m’assieds au bord de l’eau, c’est pour pêcher, ou pour faire la sieste… jamais je n’ai entendu la Terre tourner. Mon collègue Emilio non plus.
Enfin, à tout hasard, j’ai transmis votre lettre au service des archives. Ca va les distraire.

Je vous prie de croire, Monsieur, en mes sincères salutations.

 

Alberto Moretti

 

P.-S. : N’auriez pas vu le gondolier courir sur l’eau derrière sa gondole par hasard ? Emilio.

 

jeudi, 02 octobre 2008

La Gondole d'Alphonse - 1 -

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Carabinieri Comandi Di Stazione Venezia
30030 Venezia (VE)
40, Via Triestina

 

Paris, le 1er octobre 2008

 

Monsieur le chef des carabinieri,

 

Tout d’abord permettez-moi de préciser qu’à l’heure où je vous écris je suis pleinement sain d’esprit et que je n’ai absorbé aucune substance qui pourrait avoir altérer ma conscience, que mon entourage me considère comme ayant la tête sur les épaules et le sens des responsabilités. D’autre part, je suis pleinement conscient que cette lettre pourra me faire passer au mieux pour un touriste victime d’une insolation, au pire pour un dingue. Mais je ne peux plus garder cette histoire pour moi-même. Je n’ai jamais osé la raconter à mes proches ; ils ne m’auraient jamais cru et se seraient peut-être même inquiétés pour ma santé. Bref.
Alors voilà.

Nous étions en vacances en septembre à Venise. Le 8, alors que je déambulais sereinement dans les ruelles, je suis tombé sur un cul-de-sac, Rio de Ca Garzoni, un petit quai donnant sur un canal tranquille. Il faisait beau, il faisait chaud, le coin était calme. J’ai donc décidé de m’asseoir un moment pour écouter la terre tourner. J’étais là, seul, dans un silence total, perdu dans mes pensées, quand mon regard s’est porté vers la droite, par où un bruit de clapotis se faisait entendre. Une gondole arrivait paisiblement. Mais un détail m’a vite surpris : il n’y avait pas de gondolier debout à l’arrière. J’ai attendu qu’elle se rapproche, qu’elle arrive à ma hauteur ; je me suis levé pour regarder à l’intérieur, à l’avant, à l’arrière : personne, il n’y avait personne à bord ! Elle est passée tranquillement devant moi sans faire de bruit, et j’étais là, abasourdi. Je me suis pincé jusqu’au sang - j’en ai encore la marque sur le bras – mais je ne rêvais pas. Rien à faire. La gondole avançait, seule, majestueuse. Je l’ai suivie des yeux tant que j’ai pu, puis elle a disparu en arrivant dans le Grand canal. Je suis resté un moment debout les bras ballants, ne sachant quoi faire, quoi dire, quoi penser. Sur ce un couple de touristes est arrivé et j’ai quitté le coin, après avoir noté le nom de la ruelle sur un bout de papier.

Voilà. Je dois vous dire que cette histoire m’a laissé perplexe et que j’y pense chaque jour. C’est même devenu une obsession ces derniers temps ; c’est pourquoi je vous écris en désespoir de cause. Auriez-vous une explication rationnelle à ce que j’ai vu ? Avez-vous déjà entendu parler d’une telle histoire ?

 

Veuillez agréer, monsieur le chef des carabinieri, mes salutations distinguées.

 

Alphonse Cox