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jeudi, 13 avril 2017

Une odeur de roussi

Debille était heureux en se réveillant ce matin-là, très heureux. Tellement joyeux qu’il descendit les six étages en sautant les marches par plusieurs, trois, quatre, voire cinq à la fois, au risque de se péter une cheville, ce qui aurait été terrible ; gâcher un tel état de grâce.
Dans la rue, ébloui par le soleil, Debille s’en alla, chantant et sautillant, comme ivre, franchissant les carrefours en mimant jouer de la flûte, traversant les boulevards en toréant avec les voitures.
Avait-il bu ? Fumé ? Etait-il amoureux ? Toujours est-il que l’inévitable se produisit, petit imbécile, parce qu’heureux il se croyait tout permis.
« Le choc… Ecoutez monsieur, il a été terrible.
- Il n’en reste plus rien.
- Regardez tout ce sang.
- Il n’a pas crié.
- Il n’a pas eu le temps.
-Vous croyez qu’il était saoul ?
- Je ne sais pas, peut-être.
- « Je suis heureux, je suis heureux », qu’il chantait, tu parles s’il est heureux maintenant.
- C’est atroce.
- Ca oui…terrible.
- Faut fermer ses yeux.
- Il avait de la famille ?
- Vous croyez ?
- Quelle horreur ! »
Les témoins : Mme Huche, la boulangère, Juliette, sa fille, Pierrot, le brocanteur, une prostituée et un touriste japonais (ces deux derniers sont repartis ensemble).  
Les pompiers, la police et la dépanneuse firent place nette une heure plus tard. La dépanneuse mit du temps à dégager la voiture car Debille avait un bras coincé dans le pot d’échappement.
« C’est d’là qu’elle venait l’odeur de roussi », dit Mme Huche en s’éloignant.

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