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dimanche, 16 avril 2017

La sirène de l’île Saint-Louis

Un soir de printemps sur un quai de l’île Saint-Louis, une lumière claire et chaleureuse ; la nuit tombait doucement, en prenant tout son temps, pour se faire plus douce encore que la veille.
Sur l’autre rive, une femme sur un banc, les jambes serrées, la tête baissée, qui regardait je ne sais quoi avec un air d’abandon.
J’ai souri à cette femme.
D’où j’étais je ne pouvais que deviner sa bouche et ses yeux, quant à ses cheveux ils étaient longs et blonds et touchaient presque le banc. Elle ne devait plus y voir grand chose pour écrire, il me semblait qu’elle écrivait ; elle pouvait tout aussi bien dessiner ou encore planter des notes sur une portée, ou faire sa liste des courses ; tout était possible.
Soudain elle s’est levée, j’ai frémi, elle s’est mise à danser, quelques pas de danse légers, trois petits tours pour se retrouver face à moi là-bas les jambes jointes, les bras repliés sur sa poitrine, la tête sur une épaule.
J’ai couru le long du quai le regard ancré sur elle.
Elle était devant moi, sans aucune réaction ; je reprenais mon souffle.
« Ma… Mademoiselle ?
- Hum… »  m’a-t’elle répondu les yeux dans les étoiles, deux agates. On entendait le clapotis tout près.
Lentement son bras droit s’est levé, sa main fine et gracieuse a suivi le mouvement comme à contre cœur puis s’est redressée à l’horizontale. Elle a soufflé, son bras est retombé. Aucune réaction sur son visage ; il n’était pas froid, non, juste une lointaine amertume qui s’en dégageait.
« Vous m’entendez ?
- Hum…
- Mademoiselle, si vous m’entendez faites-moi signe, je ne sais pas… clignez des yeux par exemple. »
Ses yeux n’ont pas bougé. Le vent maintenant était froid et sec ; j’ai tapé des pieds sur les pavés. Puis j’ai levé la tête dans la direction de son regard, c’était une étoile plus grosse que les autres, clignotante et pimpante.
Je me suis tourné vers elle.
« Mademoiselle… »
Le clapotis tout près.
Mon regard s’est à nouveau porté vers l’étoile. J’ai joint les mains devant ma bouche pour souffler dessus et les réchauffer.
Subitement l’étoile a disparu. Je me suis aussitôt retourné vers elle. Elle se déshabillait.
« Qu’est-ce que…», ai-je murmuré. 
Elle était maintenant nue, blanche et gracieuse, et s’est avancée dans ma direction ; j’étais planté dans les pavés. Un sourire, enfin, mais ses yeux restaient comme possédés. Alors elle m’a écarté d’un geste sûr, son regard a plongé dans la Seine, juste là derrière moi, puis elle a plongé.
Pas une éclaboussure ; les clapotis.
Je l’ai cherchée un instant à la surface de l’eau ; elle n’est pas réapparue.
Assis sur le banc, j’ai allumé une cigarette.

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