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mardi, 18 avril 2017

Le sucre

Posé sur une chaise, les jambes croisées et les cheveux qui faisaient mal, je regardais les passants, les chiens et les oiseaux. La vie était là devant moi. J’ai commandé un café.
Je voulais un bon café, avec un peu de fumée, tout juste assez, histoire de pouvoir me dire quand il serait posé sur la table, avec le morceau de sucre qui dormirait sur la soucoupe, qu’il devait être bien chaud, juste comme je l’aime. Sans fumée, le café donne l’impression d’être froid et l’on pressent que le sucre ne fondra pas, que bien au contraire il résistera fièrement aux assauts de la petite cuillère et qu’il n’y aura rien à faire, que l’on pourra tout tenter, le sucre ne fondra pas.
Un chien est passé  sur le trottoir en face. Il s’est arrêté un moment près d’un lampadaire, a reniflé puis est reparti tranquillement ; une mouche le suivait.
Alors le garçon est apparu à l’autre bout de la terrasse avec un plateau qui évitait de justesse la tête des consommateurs. Il arrivait, assez rapidement, je ne voyais pas ce qu’il y avait sur le plateau, peut-être n’était-ce pas mon café mais un thé pour la grand-mère à côte, une grenadine pour la petite fille, un demi pour… oui, peut-être, mais… non… le garçon venait bien vers moi, il m’a jeté un regard, il n’y avait plus de doutes, c’était bien mon café.
« Ce n’est pas possible… et si le sucre ne fond pas, je ne vois pas de fumée ». J’ai essuyé mes mains sur mon pantalon, elles étaient moites ; je paniquais. « Il n’y a pas de fumée, je suis sûr qu’il n’y a pas de fumée.»
Le garçon approchait, il était tout proche et il souriait. « C’est un vicieux, il sait parfaitement que le sucre ne fondra pas. »
Je me suis levé précipitamment, des consommations se sont renversées sur les tables voisines, puis je suis parti en courant et en pleurant. J’ai bousculé des passants ; je ne savais plus où j’étais.

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