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lundi, 24 avril 2017

Joyeux anniversaire

Ce jour-là c’était son anniversaire ; il glissa une pièce dans l’appareil à musique un sourire figé sur les lèvres, un paquet de tristesse dans les yeux.
Les notes jaillirent, d’abord dans le désordre, l’appareil était ancien, puis cela s’arrangea. De toutes les façons cela n’avait pas grande importance, la musique était bien là, il la reconnaissait. Dans le bistrot il n’y avait pratiquement personne, un couple, la cinquantaine, fêtait quelque chose au fond de la salle avec du vin, et la femme souriait doucement,  nostalgique.
Il se mit à bouger, il était soûl ; il pleuvait doucement dans la rue ; les hanches qui se balancent, le sourire béat, les yeux un peu perdus.
Il dansait seul, comme cela, dans la grande pièce du café, avec une bière qui l’attendait calmement sur le comptoir. C’était son anniversaire. Il avait bien le droit d’en profiter un peu, histoire de s’en souvenir au moins un jour, peut-être deux, et se dire qu’il l’avait bien fêté.
Alors il dansait, ses bras étaient pris de soubresauts sur une note, toujours la même, lors du refrain qu’il avait dû connaître par cœur. Seulement ce soir là il ne se souvenait pas de toutes les paroles, alors il les fredonnait :
« Tcha la la la la » criait-il dans le café. Le couple au fond se regardait dans les yeux, deux mains enlacées sur la table.
Il sortit d’un coup du café en gueulant « Vive moi !», « Vive moi !» sous la pluie.
Puis il s’est écroulé dans le caniveau.
Il ne voulait pas se laisser photographier, je lui ai payé un verre ; il a fallu que je boive aussi, du rouge que la patronne a sorti de derrière la machine à café. Encore un autre puis il m’a dit « attends, j’me fais beau. » Il a réajusté son écharpe entre deux gorgées, a toussé un peu, remis son béret correctement ; il voulait aussi cirer ses chaussures, je lui ai dit que ce n’était pas la peine, qu’on s’en foutait, mais il a insisté. La patronne lui a prêté un chiffon, on a rebu un verre ; je commençais à me sentir bien, lui aussi je crois, il a raconté une blague, je n’ai rien compris, j’ai souri en posant mon verre sur le comptoir. Il a dit « on r’met ça » alors la patronne lui a fait remarquer que sa braguette était ouverte, qu’il avait l’air con à sourire comme ça, et que moi aussi je ne devais pas être très bien pour vouloir prendre un tel type en photo.

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