Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 26 avril 2017

J'étais une statue

 C’était le premier jour du printemps, une soirée douce. Je me baladais sur les quais de la Seine, les mains dans les poches, quand une pluie fine et tiède est arrivée. Je me suis réfugié sous le pont de la Concorde en compagnie d’un chat blanc ; il me regardait d’un sale œil. J’ai fait un tour sur moi-même pour explorer les alentours et j’ai entendu pchhhht ! Le chat avait disparu par une petite cavité dans un mur en pierres. Je me suis retrouvé seul sous ce pont. Le fleuve massif se séparait en deux contre le pilier tout proche dans un vacarme assourdissant qui m’a figé sur place. J’étais sidéré par ces milliers de mètres cube d’eau et ce bruit pénétrant tout droit sorti des entrailles de la Terre. Je me suis assis sur une bitte d’amarrage, les jambes croisées ; une statue, j’étais devenu une statue. Cet état de torpeur n’était pas désagréable. « Surtout ne bouge pas », ai-je pensé. Il faisait de plus en plus sombre, il pleuvait toujours, et j’étais comme soudé au quai.
« Un homme à la mer ! »
C’était une femme qui venait de crier en se penchant sur la balustrade du pont, au-dessus de moi. Un cri féroce. « La Seine la mer ! » ai-je pensé. Après avoir fouillé un moment dans l’obscurité, j’ai vu deux bras affolés à la surface de l’eau, deux mains qui cherchaient je ne sais quoi dans le vide.
J’étais une statue, je ne pouvais donc pas réagir, crier pour que cet homme sache que quelqu’un assistait à son agonie. « Merde, je me suis dit, on ne tombe pas impunément d’un pont ; il s’est jeté à l’eau avec le but de se supprimer. Alors pourquoi remue-t-il ainsi les bras ? Qu’il se laisse couler doucement vers le fond. » 
Mais non, ce pauvre homme se débattait tant qu’il le pouvait, le courant était violent ; il est passé devant moi la tête hors de l’eau, le regard fou, en me fixant. J’ai craqué, et je lui ai crié :
« Je ne peux pas vous aider, je ne suis qu’une statue.
- Au sec… help !… hoo…
« Je ne peux pas », j’ai gueulé. Le vacarme du fleuve était assourdissant, je ne savais pas s’il pouvait m’entendre.
« Au sec… Hel… Help !…
Puis j’ai plongé, sans réfléchir, je serai une statue une autre fois ; on ne peut jamais être tranquille.

Écrire un commentaire