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jeudi, 04 mai 2017

Courage fuyons

Dimanche matin, neuf heures. Grand ciel bleu. Je suis parti me balader. J’ai rencontré un pigeon qui courait derrière une pigeonne, sur la chaussée, il n’y avait pas de voitures à cette heure, seulement le soleil. Il zigzaguait pour rester dans ses traces, pour ne pas en perdre une miette ; l’érection matinale. Malgré ses avances tendres et délicates, la pigeonne gardait un espace rigoureux entre eux deux. Puis elle s’est envolée. Clap, Clap…
Un grand silence s’est installé. Je me suis arrêté. J’ai souffert pour lui, pauvre diable. Nous avons échangé un regard. Puis j’ai repris ma balade avec le pigeon à mes côtés qui se dandinait tant qu’il pouvait pour rester à mon niveau. 
Beaucoup de passants ; ils paraissaient heureux et déambulaient les mains dans les poches. J’ai commandé un café à une terrasse, le pigeon à mes pieds, allumé une cigarette, puis suis tombé amoureux.
La jeune bouchère en face, derrière sa vitrine. Nos regards se sont croisés, très peu de temps, mais la décharge a été foudroyante. Seule la rue nous séparait, et je percevais une onde magique qui nous unissait, ténue, mais elle existait bien.
J’ai bu une gorgée de mon café ; une nouvelle fois la jeune fille m’a regardé. L’onde magique ne faisait que s’amplifier. Un steak lui a échappé des mains et s’est écrasé sur le carrelage brillant. La patronne, derrière sa caisse, a haussé les épaules ; j’ai entendu ce que la jeune bouchère lui a répondu, pourtant cela paraissait impossible vu la distance, mais il y avait cette onde, là, entre nous, qui devenait presque palpable.
« Je m’excuse », a-t-elle murmuré d’une voix douce, très douce.
Sans doute pour se réconforter elle a tourné la tête dans ma direction et nos regards se sont à nouveau rencontrés ; elle avait les yeux bleu-vert.
L’onde prenait de l’ampleur, elle formait à présent un léger voile au travers de la rue, et les passants ralentissaient en la traversant. Certains me jetaient un coup d’œil discret ; je n’étais plus étranger à toute cette histoire.
Cela peut paraître surprenant, mais les clients qui ressortaient de la boucherie et qui avaient été servis par la jeune bouchère semblaient plus heureux que les autres, ceux servis par le patron. J’en étais jaloux. Jaloux de ce gros bonhomme par exemple qui a franchi tout souriant le seuil de la boutique après avoir, c’était certain, sans le vouloir, frôlé la jeune fille.
Dans la rue les passants commençaient sérieusement à s’étonner de cette onde et en parlaient entre eux; la situation devenait gênante. J’ai tenté de penser à autre chose, se dire que finalement… que la vie… que cette jeune bouchère… que tout cela… mais le phénomène ne faisait qu’empirer. J’ai toussé et écrasé ma cigarette ; elle me regardait désormais sans aucune gêne, un filet-mignon dans les mains. J’avais chaud, j’avais froid, j’ai soutenu son regard. Elle a esquissé un sourire puis remis ses cheveux en place délicatement ; ses yeux étaient devenus brillants.
Les passants n’osaient plus traverser l’onde qui était devenue dense, et me scrutaient. Je ne me sentais pas bien du tout. J’avais du mal à respirer. Je me suis levé précipitamment et suis parti en courant sans même un regard dans sa direction. Le pigeon m’a rattrapé en secouant la tête, dépité.

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